Sur la piste des fondateurs

Sur la piste des fondateurs de l'AFC , en feuilletant les premieres RFC

Cette premiere partie évoque le lancement de l'AFC en feuilletant les premieres RFC, plus exactement, les premiers "bulletin de liaison". 

Apres avoir rappelé, à grands traits, le contexte aquariophile des années 70-80, les principales caractéristiques de cette organisation nouvelle sont mises en valeur en renvoyant à certaines pages  des RFC.

Ainsi est -il possible, rétrospectivement, de prendre la mesure des originalités de cette organisation et des aspects tout à fait novateurs de sa conception pour son temps.

 

Les feuillets des RFC sont soit sur cette page, soit dans la liste des annexes (voir haut de la page, en rouge, "RFC : sur la piste des fondateurs"; pour agrandir, clic sur chaque feuillet.

 

Coup d’œil sur les années 70-80

Nous sommes dans les années  1970-1980 : un petit demi-sièc​​​​le, une éternité !

Le poisson rouge gagné à la fête foraine est largement dépassé ; Depuis plusieurs dizaines d’années, en France,  l’aquarium est entré chez les amateurs, souvent à coté des oiseaux exotiques ;  l’aquariophilie des poissons d’ornement s’éveille doucement autour d’une liste déjà variée : à coté des stars(discus, scalaire), Henri Favré, dans son bouquin édité en 1968, attire les amateurs sur toute sorte de petits poissons et rédige une première œuvre pédagogique pour la maintenance, la reproduction, les maladies, etc Dans un inventaire large des familles, les cichlides sont déjà présents, avec un mot sur les lacs Malawi et Tanganyika ; ce livre restera la « bible » pour bon nombre d’amateurs…et je le conserve pieusement. .

  • Ces poissons sont proposés par de petits commerces, avec souvent des oiseaux et des rongeurs, dans des rangés de petits bacs. Progressivement, quelques magasins spécialisés vont s’ouvrir, souvent en proposant des poissons sauvages ou du matériel moderne, dont la grande révolution : le bac en verre collé !
  • De leur coté, certains amateurs ont commencé à se regrouper, à Strasbourg (1932), à Nancy, dans le nord (CATN 1971) et bien sur, à Paris avec l’AFA (association française des aquariophiles). Ces structures régionales vont commencer à promouvoir les différentes espèces mais aussi jouer un rôle fondamental dans la maintenance et la reproduction ; on parlera aussi de plus en plus des premiers voyages et on établira les premiers contacts, notamment avec les amateurs allemands.
  • L’AFA existe déjà depuis longtemps ; elle édite un bulletin de liaison , organise des réunions en soirée à Jussieu, avec conférence et bourse (plantes et poissons) ; elle a aussi un groupe cichlides animé par JP Hacard. Cependant, dans ces années 1980, elle est à la peine : son animateur Roger Pourriot éprouvera de sérieuses difficultés pour maintenir le bateau jusqu’en 1984.
  • En 1980, dans la mouvance du groupe cichlides de l’AFA,  un groupe d’amateurs venant de l’est de la France, du sud et et la région parisienne va se focaliser sur les cichlides autour d’un rêve un peu fou : construire et lancer une organisation nationale capable de rassembler le plus grand nombre de passionnés, de partager les connaissances et de progresser dans la maintenance des espèces. , et tout cela alors même que les principaux supports de communication sont le téléphone, le papier et les diapo : l’une des premières organisations nationales d’aquariophiles amateurs en Europe va ainsi naitre , l’AFC  au milieu de 1980…sous l’œil bienveillant de R Pourriot.
  • Nous savons maintenant que cette organisation a été pérenne ; quelles ont été les conditions du succès ? a-t-elle été novatrice ? pas d’internet à cette époque, pas de réseau, pas de forum…comment ont-ils fait ?
  •  Allons, en route sur la piste des fondateurs.

 

L’AFC, une conception originale et des figures charismatiques

 

Créée dans la mouvance du groupe cichlides de l’AFA et celle de plusieurs clubs régionaux, l’AFC a été créée par un petit groupe d’hommes passionnés qui ont su donner, d’emblée, une image sympathique, dynamique, accueillante à l’organisation, à tel point qu’on pourrait croire que cette petite bande « d’aventuriers » n’avait pas trop creusé son sujet, se contentant de rassembler quelques vagues idées ,des énergies volontaires et des expériences naissantes. Or, si l’on examine les premières années de l’AFC, on est surpris de découvrir un véritable projet, cohérent moderne, complet, et tout à fait novateur pour son temps et qui, finalement, va bien au delà de l’image charismatique de l’une de ses figures principales.

Avec un projet cohérent et clair

Si l’AFC a réussi, c’est d’abord parce qu’elle avait un projet cohérent,  clair et motivant (Annexe AFC 01) : il s’agissait de s’ouvrir au monde des cichlides, de mieux  connaitre les poissons, leurs comportements, leur mode de reproduction, d’arriver à les maintenir mais aussi de rassembler les amateurs, de répondre à leurs besoins, de savoir qui a reproduit tel poisson rare (déjà !) et de ne pas sous estimer les sous : un exercice très complet qu’il convient de considérer comme tel…

Alors que l’équipe comprenait quelques scientifiques, on remarquera que cet esprit n’est pas encore présent, pas encore clairement ressenti comme une nécessité : l’idée n’est donc pas de constituer un club « élitiste ».

L’ambition et le rêve

Ce qui frappe dans ces tout premiers pas, c’est un paradoxe apparent entre le rêve et l’ambition : on n’hésite pas à évoquer des idées un peu folles ou étranges pour cette organisation à peine née, comme l’organisation de voyages (annexe AFC 02), mais on le fait avec une volonté affirmée, traduite  en un objectif que l’on va afficher en grand : 1000 adhérents !! (Annexes AFC 01 et 04)

Cet objectif un peu fou aura pourtant été atteint, et en très peu de temps, comme quoi…

L’esprit associatif et le sens du partage

 

Alors que les fondateurs de la première heure venaient d’horizons professionnels et sans doute de cultures   très différents (certains avec une activité libérale), ils se sont trouvés un point commun dans  l’esprit associatif et un trait d’union dans le sens du partage.  Ils ont ainsi évité l’écueil d’un petit groupe d’initiés, frôlant l’élitisme, pour rechercher à rassembler, à partager ; Même si on n’était pas dans le mutualisme cher au pays d’Europe du nord (et Allemagne), la volonté de « faire ensemble «  était bien là, assez proche de l’idée de coopération.

Une organisation puissante et novatrice

 

Des la première année (1980), et alors même que l’AFC venait à peine de sortir de l’AFA, la volonté de bâtir une organisation puissante et moderne est évidente comme on l’a vu avec cet objectif qui pouvait paraitre très audacieux. Mais, ce qui est original, surtout en succédant à l’AFA, c’est cette préoccupation de construire une organisation décentralisée (annexe AFC 10), en s’appuyant sur les régions (annexe AFC 11), les clubs, de telle sorte que le territoire soit couvert en entier : une organisation « nationale », avec une tête, des régions, des clubs, des adhérents ! Dès le départ, on s’aperçoit que la conception n’a pas été descendante, de Paris vers la province, mais que le mouvement est venu des régions (à l’image du mouvement initié, par exemple, des banques Raiffeisen  en Allemagne)  qui ont su sortir de leur pré carré pour ressentir le besoin d’un échelon national de coordination et de représentation : une  vision qu’il convient de ne pas sous estimer et qui prend encore tout son sens aujourd’hui, même si l’idée de coopération et de solidarité n’étaient pas formulées…

 Ce besoin d’organisation n’en est pas resté au stade des grands schémas puisque on a commencé à définir les rôles de chaque niveau, à préciser les fonctions et leur répartition entre les nivaux, sans oublier, bien sur, la part de rêve. Ainsi, des la premières RFC, on a mis en place  une photothèque « nationale »(annexe AFC 12) ,à l’époque du papier et des diapos…Puis, on a évoqué la fonction documentaire (annexe AFC 13), les documentalistes (annexe AFC 14) que l’on a prudemment différencié du systématicien et, enfin, l’idée d’un véritable centre de documentation a germé (annexe AFC 15), laquelle n’aura pas un avenir bien consistant compte tenu des technologies disponibles à l’époque ; il faut cependant noter que ce besoin de « transmettre «  était déjà présent chez les fondateurs : une façon de penser à la pérennité de leur action ?

Bravant bien des idées reçues, la fonction financière a été mise en avant, avec un certain culot pour l’époque, et avec un compte rendu annuel, tant il était évident que les « sous » étaient une nécessité pour atteindre l’objectif : une grande leçon pour ceux qui auraient tendance à sous estimer l’importance des moyens financiers dans un cadre associatif et à confondre la nécessaire autonomie financière avec la recherche d’un profit.

Et des médias et outils originaux

 

La même originalité se retrouve dans la conception des principaux medias et manifestations :

La RFC (Annexe AFC 30) a d’abord été conçue comme un bulletin de liaison, avec de nombreuses informations sur la vie de l’association, les régions, les projets,  une sorte de trait d’union entre les adhérents (annexe AFC 31) ; puis, elle a servi de support aux articles de portée et de niveaux différents (annexe AFC 32) sans ostraciser certains genres de cichlides à la génétique qui pouvait parfois être douteuse (annexe AFC 45). Copiant un peu sur l’Allemagne,   la RFC a intégré ensuite les fameuses pages vertes avec un pouvoir magique d’attraction : celui des petites annonces ! (annexe AFC 33) et les événements des clubs (annexe AFC  34) qui n’hésitaient pas à mettre leur liste de poissons, pour déboucher sur une vraie liste de petites annonces (annexe AFC 35)!  Sous la plume de certains adhérents, dotés d’une personnalité affirmée, pointait déjà une sensibilité quant aux relations entre le hobby et le commerce (annexe AFC 36) : Très tôt, la RFC a été utilisée pour obtenir des ressources financières via la publicité (annexe AFC 43) puis elle est  devenue un support promotionnel pour les publications (annexe AFC 40) et, de temps en temps, un outil pour sonder les âmes sous forme de questionnaire (annexe AFC 41)

Le congrès (annexe AFC 37) a été une innovation de taille : il était là pour rassembler, se connaitre, échanger des poissons, faire la fête, mais aussi pour assister à quelques conférences…et là encore on donnait des informations pour suivre la vie de l’association… sans oublier la financier  (annexe AFC 38) et, en particulier, les contreparties à la cotisation (annexe AFC 39) : clarté et argumentaire de motivation ! Le premier congrès avait déjà un peu versé dans le scientifique en  affrontant la rigueur des « systématiciens »  mais, réaliste, il avait su bénéficier des services du commerce qu’il remerciait clairement (annexe AFC 44).

Le besoin d’un annuaire des adhérents a été très vite ressenti : très pratique pour savoir qui est où et inversement, ce document papier en forme de liste était, en fait, une sorte de « preuve » de l’existence de l’association ; plus il était épais, plus importante était association, et on imagine sans peine que nombre d’adhérents ont dû rechercher, dans leur région, qui partageait le même virus !

Afin de susciter une plus grande adhésion, l’idée d’un « concours »a été lancée, avec une proclamation des résultats (et une acclamation des nominés) lors du congrès (annexe AFC 42), même si, étrangement, ce terme de « concours » n’était pas dans les germes de l’association.

Avec la volonté de s’adresser au plus grand nombre

 

 

 

 

Lorsque l’on regarde les premiers RFC, la volonté de s’adresser au plus grand nombre est particulièrement frappante et trouve peut être son origine dans les valeurs de l’AFA et des clubs.

Le projet était non seulement  de réunir des passionnés, des spécialistes, mais aussi de se tourner vers les autres, les débutants ou ceux qui sont entre les deux ; Ce positionnement remarquable est tout à fait évident à la lecture des « l’an Cichlidé » dans lequel on trouve des articles qui côtoient presque le scientifique (systématique, description) un peu arides à coté de papiers d’information très généraux à vocation de vulgarisation.

Cette volonté de partage, de rassemblement de la diversité est à méditer à un moment où l’on serait tenter d’écarter ceux qui ne respectent pas une éthique particulièrement exigeante… et parfois exclusive.

Pour partager une conception originale de l’aquariophilie

 

A la lecture des premiers documents de l’AFC, il ressort une conception de l’aquariophilie elle-aussi très originale : il ne s’agit pas d’organiser des « concours » fondés sur des recherches génétiques mais au contraire de respecter la nature et les formes naturelles de poissons. Cette ligne directrice forte sera la « marque » de l’AFC.

Emmenée par des leaders charismatiques, compétents et volontaires

 

40 ans après sa création, la vie actuelle de l’AFC est encore marquée par l’empreinte des fondateurs dont Jean Claude Nourissat est l’exemple incarné par son charisme exceptionnel. Il n’était pas seul, et la petite équipe comprenait des Allgayer, Guémas, des Carlus, des Lienard, des Londiveau autour de nombreuses autres personnalités, dont JP Hacard qui sera le 3e président de l’AFC  et R Staub un trésorier pendant de longues années (sans oublier les   secrétaires de la première heure qui ont sans doute apporté un concours très actif et certaines épouses dont la présence constante est tout à fait originale.)

En résumé, un succès, un charisme, mais des compétences diversifiées

Lorsqu’on évoque l’histoire de l’AFC, on parle d’un succès, on évoque le charisme des fondateurs ; mais cette vision n’est pas la bonne car elle est largement incomplète : le succès est le résultat de cette équipe d’hommes, mais il est aussi le fait d’un ensemble de compétences très diverses et qui se sont conjuguées harmonieusement.  Un esprit ouvert et curieux, un sens profond de l’amitié, le besoin de rêver pour bâtir un concret attrayant et novateur et, enfin, un sens aigue du partage sont, sans aucun doute, les moteurs de ces premières années.

Gérard Delfour

 

Date de dernière mise à jour : 06/01/2021