Description du processus adopté pour la conservation

Le processus adopté pour le programme conservation s’inspire des bases théoriques ci-dessus mais en les simplifiant et on l’adoptant  aux spécificités des Tropheus. Comme nous débutons, il est destiné à  évoluer en fonction des résultats obtenus. Le schéma général peut être décrit sommairement sur la base de 4 filières ou lignes (voir tableau 1) : 

Étape 1 : la base  est constituée par 4 groupes souche (GS) de F0 maintenus dans des bacs séparés, les filières étant nommées A, B, C et D; concrètement, il peut s’agir de F1 (si F0 pas disponibles) ; chaque groupe souche est composé d’un couple sélectionné (ou pris au hasard) à partir d’un groupe plus important si cela est possible. Ces groupes souches sont le  premier pilier de la conservation : ils doivent donc être sécurisés au maximum et être manipulés le moins possible.

 Afin d’assurer la pérennité du processus, nous prévoyons de rafraîchir ce pool de F0 au moins une fois et avant que les souches ne puissent plus reproduire. Ce « sang neuf » symbolisé par la filière X du tableau pourra résulter d’une importation récente de F0 (possibilité ?), d’un prêt ou échange de F0 avec un amateur ou, à défaut de F1 ; il devrait intervenir des que les souches atteignent l’âge de 6 à 8 ans.

Étape 2 : chaque groupe souche est mis à reproduire selon les protocoles de reproduction et de naissance présentés ci-dessus. L’objectif est d’obtenir, si possible, 40 jeunes F1 ; a priori, et en fonction de l’age des souches, nous envisageons de réaliser cette étape tous les 3 ans
 

990capture

Étape 3 : après un passage des alevins en bac de nurserie,  les  jeunes sont transférés dans un bac de grossissement par filière ; ce bac comprend un système de  cloisons amovibles et est d’une capacité suffisante (450 l) pour maintenir une quarantaine de sub-adultes pendant quelques mois 

Étape 4 : progressivement, le sexage devenant possible, les males sont séparées des femelles, toujours dans le même bac ; on en profite pour isoler des individus qui ne conviennent pas  et qui pourront faire l’objet d’une étude particulière afin d’identifier les éventuels défauts de la souche.

Etape 5 : le sexage permet de constituer progressivement un groupe de reproducteurs constitués de très jeunes sub adultes F1, tous frères et sœurs ; le sexe ratio obtenu est bien évidemment variable ; comme chaque souche a été isolée et gérée dans des conditions qui lui sont propres ; il est possible d’étudier l’influence  de certains facteurs sur le nombre d’alevins et sur le sexe ratio.

Etape 6 : puisqu’ils sont sexables, les jeunes sont ensuite assemblés pour constituer des groupes de conservation selon le processus suivant : par souche, répartis en M et F, puis 4 groupes de conservation sont constitués (un par souche) comme suit :

un groupe A avec les males de A et les femelles de B

un groupe B, avec les males de B et les femelles de C

un groupe C, avec les males de C et les femelles de D

un groupe D, avec les males de D et les femelles de A

Comme cela a été dit, ces groupes constituent le second pilier de la conservation et servent à conserver la première génération de F1 ; ils doivent venir en appui des groupes souche en cas d’accident puisqu’il est possible d’utiliser, sans ambiguïté, un male ou une femelle F1 provenant d’une souche donnée ((tableau 1,  filière A, flèche R2).  Ils doivent donc être gérés comme tel, c'est-à-dire avec un maximum de sécurité (à terme, chaque groupe sera maintenu sur un lieu différent des  groupes souche apparentés) et un minimum de manipulation.

Compte tenu des spécificités des Tropheus, notre objectif est de constituer des groupes relativement important, de l’ordre de 30 individus, avec un sexe ratio maitrisé  (de l’ordre de 10/20, ou 5/25) afin de minimiser les risques de maintenance sur plusieurs années.

Nous prévoyons de reconstituer ces groupes tous les 4 ans (à confirmer) afin de disposer en permanence de F1 aptes à se reproduire sans difficultés (tableau 1,  filière A, flèche R1)

Si le processus de conservation n’a pas pour objet de « produire » des jeunes et de les diffuser largement  il serait dommage de ne pas offrir aux amateurs les reproductions excédentaires  de Tropheus devenus rares. En fonction des résultats obtenus, il peut s’avérer que des  jeunes  F1 non utilisés dans la phase 4 (excédent) soient disponibles. Plus surement, et dès lors que le socle technique sera installé, nous prévoyons de céder à des amateurs des jeunes F2  en excédent de la phase 6, en faisant cracher quelques femelles en incubation,  puisque le  retrait sera rapide  (voire filière B, tableau 1). Ces alevins présenteront une bonne diversité génétique, encore proche des sauvages,  et ne seront pas consanguins. Par ponte, ils seront bien évidemment frères et sœurs mais les groupe de conservation sont organisés de telle sorte qu’un ou plusieurs amateurs puissent croiser les reproductions sans consanguinité immédiate en utilisant les portées des filières prises deux à deux (par exemple A et C).

989capture

Mais l’utilisation de 4 souches devrait nous permettre d’aller un peu plus loin, afin de satisfaire, ponctuellement,  les amateurs spécialisés. Le processus envisagé est présenté  sur le tableau 2, en raisonnant avec quelques combinaisons uniquement :

Etape 7 : on reprend les groupes souche F0 et les groupes de conservation des filières C et D

              Etape 8 : deux nouveaux groupes souche sont créés, A’ et B’, en combinant directement les              males et les femelles : male de A avec femelle de B, male de B avec femelle de C (en théorie, on pourrait ainsi créer  12 couples supplémentaires avec 4 groupes souches et 20 en disposant de 5 groupes souche).

              Etape 9 : les groupes A’ et B’ sont mis à reproduire (dans des bacs séparés) ; en même temps, on dispose de deux reproductions (distinctes) issues des groupes de conservation des filières C et D

Etape 10 : les reproductions de chaque filière sont mises  dans des  nurseries distinctes. Dans l’exemple décrit, on obtient ainsi 4 groupes d’alvins F1, non consanguins : A’ et B’, C et D. Cédés de façon distincte, les alevins de ces groupes permettent aux amateurs spécialisés de constituer plusieurs groupes, très proches du patrimoine génétique des sauvages (alevins F1), relativement diversifiés, et sans consanguinité pour le premier croisement. Un schéma comparable peut être utilisé en croisant, par exemple,  des jeunes femelles F1 d’une filière  avec un male F0 d’une autre filière, l’avantage pratique étant de réduire les risques en exposant une femelle F0.

Remarque : exposé de façon théorique, ce processus semble assez complexe ; dans la pratique, le fait que plusieurs amateurs prennent en charge des étapes séparées rend l’ensemble du processus tout à fait réalisable (voir chapitre 6 résultats) ; même les opérations de fusion de groupes, très risquées avec les Tropheus, sont gérables car faites avec de jeunes individus. En fait, les principales difficultés résident surtout dans la manipulation des F0 (reproduction), et dans leur maintenance dans le temps.