La conservation-diffusion, un autre comportement des amateurs ?

 

Zone de Texte:    cichlides : une autre phase ?
On peut distinguer 3 phases dans l’aquariophilie des cichlides en France :
1 la découverte : les premiers voyages, les premières importations, les tâtonnements pour maintenance et reproduction ; c’est l’époque de l’AFA et de son groupe cichlides réunissant à Paris un petit groupe de passionnés ; L’ambition était clairement à la découverte
2 la promotion et le partage: encore de nombreuses importations nouvelles. On s’efforce de promouvoir les espèces avec une documentation  de plus en plus riche. On va maîtriser la maintenance et surtout, la reproduction (scalaire, discus) ; c’est la naissance et le développement de l’AFC, avec son organisation nationale mais régionalisée pour regrouper un maximum d’amateurs avec des outils nouveux comme la revue, les réunions régionales, la base photo, etc. L’ambition était de promouvoir, de faire connaître au plus grand nombre, de partager.
3 le temps des interrogations.  L’organisation mise en place a permis de rassembler un large public. Mais, depuis une quinzaine d’années, le paysage change : les découvertes sont plus rares, le climat économique contraint les budgets, Internet est venu chambouler les structures et les modes de communication ; les réunions régionales sont moins fréquentées, les clubs sont à la peine :  alors que de profonds changements vont peser sur l’aquariophilie, qu’elle est donc l’ambition de cette troisième phase ?

En lisant cet article, vous avez sans doute eu l’impression que la conservation, c’était beaucoup de moyens, d’exigences, pour  des résultats ayant peu d’influence sur les espèces menacées ou pas. Au pied de la lettre, c’est tout à fait vrai, et cela pose une question : la conservation, quelle utilité ?

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Il est tout à fait évident que ce genre d’action  ne va pas, à lui seul, permettre de « sauver » les espèces de Tropheus les plus en danger, car les risques viennent avant tout de l’insuffisance de protection des biotopes. Ce qui est vrai pour le lac Tanganyika l’est aussi pour bien d’autres biotopes.

Malgré les efforts faits par les pays riverains, notamment pour une réglementation renforcée via les parcs, il ne fait aucun doute que les choix des populations riveraines resteront, pour longtemps,  différents, et que la préservation des espèces menacées prendra du temps, beaucoup de temps, pour constituer une certaine priorité.

La solution ne viendra pas non plus des acteurs économiques, pécheurs, exportateurs, importateurs, magasin de détails et autres animaleries. Pris en étaux entre une demande en baisse et en profonde mutation, et une offre également en baisse et moins diversifiée, ils chercheront, comme tout entreprise, à s’adapter, à sauver leur marge pour ne pas mourir. Certains acteurs d’ailleurs se demanderont si les opportunités économiques offertes par la sélection ne pourront pas être étendus : à quand le Tropheus entièrement jaune à points noirs ?

La pression des mouvements écologiques pour durcir les réglementations résoudra t elle le problème ? En fait, la vision écologique est sans doute un piège redoutable : en visant l’interdiction de détention de certains animaux (ou l’import-export dans la communauté), elle ouvre la voie à un affairisme pour piller certains biotopes mal protégés ou détourner les réglementations ; elle suscite les recherches pour aiguiller les amateurs vers des solutions alternatives et non naturelles : sélection, hybridation. Il faudra donc beaucoup de temps pour que cela protége efficacement les espèces, à supposer que les réglementations locales suivent….

Il reste donc les amateurs pour se saisir  de ce dossier : sans ambition mercantile, ils ont la possibilité, l’énorme faculté de modifier leur  comportement afin que la demande aquariophile pèse de moins en moins sur les prélèvements de sauvages et, accessoirement,  écarte les « phénomènes ».

D’une certaine façon, l’amateur aquariophile deviendrait alors un acteur de la préservation des biotopes desquels il tire son plaisir : qu’il agisse ou non, il a dès maintenant une grande responsabilité.

En  adaptant ses pratiques, l’aquariophile peut créer un lien direct avec le biotope, il peut donner un sens profond à sa passion: y a-t-il une plus belle ambition ?