La protection des biotopes, une fausse bonne idée ?

Dans les discussions aquariophiles, mais pas uniquement, on oppose souvent à la conservation (ex situ) une critique majeure : aussi bonne soit elle, cette idée ne serait pas la "bonne solution", car on ferait bien mieux de commencer par renforcer la protection des biotopes.

Cette critique se comprend bien, tant il est plus logique de proteger le miieu dans lequel vivent les poissons plutot que les poissons eux-mêmes.

C'est le rôle dévolue aux parcs "naturels", aux zones  protégées dans beaucoup de pays; c'est encore celui des grandes réserves dans les pays qui souhaient proteger une faune exceptionnelle et parfois durement menacées.

On remarquera que, pour etre efficace, la protection d'un lieu précis nécessite un dispositif adapté et des moyens particuliers (surveillance), donc des ressources qu'il convient de mobiliser sur la durée. Cela veut dire que ce pays a pris conscience de la "valeur" de son patrimoine naturel, de sa faune, de sa flore, et qu'il est capable (richesse, structure social et économique, etc) de réaliser des arbitrages (priorités) permettant de dégager les moyens compatibles avec la protection d'une zone déterminée.

Cette solution est elle pertinente pour tous les biotopes ?

Comme beaucoup d'autres biotopes, le lac Tanganyika fait face à des menaces de plus en plus sérieuses (même s'il convient de prendre avec un certain recul le alarmes sur l'état de certaines colonies de poissons) et qui pourraient  conduire à des atteintes sérieuses et rapides de la faune et la flore. L'exemple du lac Victoria est frappant.

Comme nous l'avons vu, ces menaces ont des causes connues  et résultent, hors le réchauffement des eaux, des activités humaines: 

-La forte évolution démographique des populations riveraines  (un quasi doublement tous les 25 à 30 ans) entraine une croissance des besoins, avec une surpêche vivrière  non maitrisée (usage de filets fins par exemple) et une pollution qui ne peut être traitée par des infrastructures anciennes et peu efficaces.

-Les populations locales, souvent pauvres, aspirent à un niveau de vie supérieur et cherchent des activités économique nouvelles telle le développement de la pêche commerciale (exportation) qui semble avoir réduit considérablement les stocks de poissons ou celui de  l’agriculture, le déboisement dans la bassin versant provoquant une érosion  d’où un accroissement des sédiments ; on parle aussi de projets de recherche de pétrole….

-Une  surpêche localisée des poissons d’ornements, afin de satisfaire une demande d’amateurs aquariophiles en croissance et en recherche permanente du « poisson rare et sauvage ».

 

Conscients de ces risques, et aidés par la communauté internationale, les états riverains ont mis en place des réserves, des parcs et ont essayé, à plusieurs reprises, de lancer des programmes de protection et d'éducation (voir documentation ici). mais il apparait bien qu'ils ne sont pas encore capable de mettre en place une protection efficace de leur patrimoine naturel : le niveau de pauvreté de ces pays, une certaine instabilité politique, des structures sociales et économiques anciennes sont autant de freins à une mise en valeur raisonnée du lac. La persistance de pêches non autorisées dans des zones théoriquement protégées et l'exporation de poissons d'ornement figurant sur des listes rouges constituent des exemples  illustrant bien  la difficulté de la tâche. Enfin,  des populations pauvres et fragiles peuvent etre tentées par tel ou tel projets économiques, souvent initiés à l'étranger, et menés au détriment des ressources naturelles.

Pour le lac, mais aussi pour d'autres biotopes, il est ainsi évident  que la protection du biotope lui-même ne soit probablement pas pour demain et que, attendre un dispositif plus efficace soit la porte ouverte à une forte dégradation.

Que peut on faire ?