Démarche et organisation

Notre démarche :

La réflexion, les contacts, l’étude du travail des éleveurs nous ont permis de construire notre démarche caractérisée par plusieurs points forts :

6/1 Etre ouvert sur les relations amont, aval et intra groupe

Pour réussir, la question de la conservation des espèces doit être abordée dans un cadre ouvert facilitant les idées nouvelles, les contacts, les opportunités, la mise en commun et la remise en cause lorsque cela semble nécessaire. Cet « esprit d’ouverture » concerne l’intégralité du projet : l’amont, le projet lui-même, et l’aval ;

Rechercher, cultiver les relations dans les phases amont (recherche des souches, etc) et aval du projet nous apparait comme une condition de la réussite.

Mais cet « esprit d’ouverture »  doit aussi inspiré les membres du projet :; il concerne les valeurs,  les méthodes techniques mais aussi et surtout les hommes et les structures : voila pourquoi la motivation, la compétences, l’expérience, le gout d’une vision partagée, la confiance sont des valeurs beaucoup plus importantes, à nos yeux, que l’appartenance d’un amateur à telle ou telle association qui peut toujours se faire ensuite.

6/2 Construire ensemble

La conservation des especes a fait l’objet de nombreuses tentatives ; bien souvent, ces initiatives n’ont pas tenu à « l’epreuve du temps » par défaut de reflexion organisationnelle, mais aussi et surtout parce que l’accent n’avait pas été mis, lourdement, sur la necessité de « faire ensemble ».

Nous pensons qu’il s’agit là d’un autre point fondamental, car aucun individu ne peut, à lui seul, relever le défit de cette « aventure de la conservation ».

Pour autant, cette notion de groupe, de « faire «ensemble » n’implique pas que chacun fasse la meme chose, soit exposé aux memes responsabilités ; il faut, au contraire, arriver à moduler les taches de chacun des membres du projet, en fonction de ses aspirations, compétences, experience et contraintes ( de toutes natures) : il s’agit d’une des clées du succes.

6/3 Un choix raisonné et attentif des espèces

Dans le cadre de notre programme de conservation, nous avons commencé par une espèce relativement menacée (T duboisi Maswa) et une autre très critique (T Ilangi) ; à court terme, et si les résultats sont bons, nous n’excluons pas de poursuivre avec une autre espèce de sorte que nous aurons atteint un premier pallier : être progressif est vital.

Sur la base de ce  programme principal de conservation, mais d’une façon annexe, nous développons aussi un projet de diffusion, c’est à dire une action visant à organiser l’offre de certaines espèces de Tropheus, sans pour autant viser un objectif de conservation. (Voir paragraphe objectifs).

6/4 Une sélection  attentive mais pragmatique des géniteurs

Dans ce programme de conservation, le choix des géniteurs est central.

Lorsque des F0 sont encore disponibles dans le circuit traditionnel, nos choix se portent vers de « beaux F0 », ou plutôt, vers des F0 proches d’une description connue et nous recherchons en priorité des poissons ayant déjà  quelques mois en bac. Mais il existe une tres grande difficulté pour connaitre avec exactitude le lieu de pêche qui est parfois considéré comme un « secret professionnel ». Cela pose le problème du choix du vendeur, de la confiance que nous lui accordons, à lui et à ses sources d’approvisionnement. C’est pourquoi nous avons fait le choix de développer progressivement des relations « personnelles » avec certaines enseignes susceptibles de nous procurer des sujets sauvages. A ce jour, nous avons écarté la solution consistant à utiliser une importation directe car il ne nous semble pas possible de supporter les risques inhérents à un achat « massif » de sujets sauvages. Cette option peut cependant être revue, par exemple, dans le cadre d’un achat en nombre effectué par le Gtroph.

Cete problématique du lieu de peche est aussi tres délicate car elle constitue la "maille" de la souche à conserver; par exemple, pour T Maswa, doit on fonder la conservation sur le lieu (Halembé, etc) ou pas ? Meme question pour T ilangi, avec les variantes jaunes ou orange. A ce stade de nos reflexions, nous privilégions le lieu de peche, mais il n'est pas certain que cette option soit soutenable à terme.

Pour revenir au F0, la question est plus complexe pour les espèces faisant l’objet d’une réglementation conduisant à la suspension temporaire ou à l’arrêt de la pêche ; Si des F0 ne sont plus disponibles, nous avons retenu l’option de partir avec des souches F1, voire F2 (après examen des géniteurs F1), sélectionnées avec le maximum de soin. Il est bien évident que nous sommes attentifs aux rares offres de F0 déjà détenus par des amateurs.

Il existe aussi des opportunités créées par des importations « sauvages », c'est-à-dire des offres de poissons dont la pêche est théoriquement interdite. Nous pensons que soutenir ce flux d’importations sauvages est une grave erreur (et cela en dehors des apsects légaux).Cependant, il va etre bien tentant d'exploiter trés ponctuellement cette possibilité pour obtenir des F0 destinés uniquement à la conservation et dont la disponibilité ne résultera, en fait, que des difficultés locales pour éradiquer la peche illégale.

6/5Une déclinaison concrète de la notion de « conservation »

Nous avons décliné la notion de « conservation » sous un angle très concret; sans entrer dans les détails, nos options de mise en œuvre sont, à ce jour, les suivantes (voir schema) :

-        Un premier niveau de souches F0, dit « souche de base », quand cela est possible, et qu’il convient de sécuriser et de rafraichir ; ces souches doivent être au minimum de deux, mais quatre est plus souhaitable »

-        Un second niveau de souches F1, dit « souche de conservation » : il est  constitué à partir de le reproduction issue de plusieurs souches F0, sélectionné de telle sorte que le taux de consanguinité soit minimum, voire nul. Il est destiné à la conservation dans le temps et à la reproduction ; il sécurise aussi le niveau précédent ; il est rafraichi périodiquement.

Bien évidemment, si des F0 ne sont plus disponibles, la souche de base est constituée de F1, voire de F2

Il est bien sur préférable de fonder la conservation sur des F0 ; cependant, outre que cela soit une obligation dans certains cas, l’emploi de F1 ne semble pas poser de risques génétiques surtout s’ils sont issus de couples F0 différents.

Ci dessous deux schémas de principe appliqués au projte Maswa. chaque étape demande des explications détaillées mais on peut déja voir les deux niveaux de conservation (étapes 1 pour le remier tableau et étapes 6 et 8 pour le second) :

401

402

 

6/6 Une recherche de sécurité maximale des poissons

Dans le cadre de chaque projet, la sécurité des poissons est assurée comme suit :

-        Une réflexion approfondie et des échanges- sur les risques de toute nature (transport, maintenance, gestion des incidents)

-        Une répartition des risques de conservation des souches, réparties sur plusieurs amateurs (de l’ordre de 4)

-        La présence de deux niveaux de conservation : souches F0, et souches F1

-        Des conventions permettant de gérer les problèmes rencontrés par un membre sans mettre en péril la conservation des souches (exemple : difficulté passagère ou arrêt)

6/7 Un choix de méthode de reproduction, de naissance et de diffusion

Au plan technique, nos choix sont à ce jour les suivants :

-        Pour les méthodes de reproduction : reproduction par couple (ou par trio), ou reproduction en bac spécifique (de préférence en harem). La reproduction en bac d’ensemble n’a pas notre préférence (contrôle de la reproduction, difficulté pour le prélèvement des jeunes, etc.), mais reste une solution possible.

-        Pour les méthodes de naissance, nous allons privilégier, dans un premier temps, le cracher artificiel afin de constituer assez vite nos groupes. Cependant, et dans certains cas, nous allons adopter le lâcher naturel afin de collecter des informations et des enseignements.

-        S’agissant de la diffusion, et en dehors de celle relative au renouvellement des souches, elle se fera autour de deux orientations : propositions de très jeunes poissons « en vrac », c'est-à-dire multi souches « présumé » et non sexables. Si possible, proposition de jeunes sub adultes, multi souches, avec sexe ratio contrôlé.

6/8 Une première approche des bases organisationnelles

Comme nous l’avons vu, la conservation des espèces est une question difficile parce qu’elle exige de la pratique, de la théorie, mais aussi du temps. Pour ces raisons, l’organisation doit etre définie avec soin, afin de garantir la perennité des actions ; sans entrer dans les détails, les points forts sont, pour nous, les suivants :

-        Une convention (ou charte) décrivant les objectifs, les valeurs,  les regles et le fonctionnement général (dont les aspects décisionnels et financiers)

-        Un cadre global, coordonné eventuellement par une structure associative

-        Un corpus de méthodes

-        Une structure par projet, un par espèce, chaque projet étant placé sous la responsabilité d’un animateur

-        Des amateurs  motivés, expérimentés, et animés par le partage et la confiance

-        Des relations amont et aval

-        Un outil technique, de communication, de mise en commun et une base documentaire et de suivi (fiche)

6/9 Une esquisse du fonctionnement financier

Nous l’avons dit, l’objectif de ce genre de projets n’est pas le « business » ; toutefois, les couts  sont bien présents et éluder cette aspect n’est pas sain. C’est pourquoi nous avons dégagé quelques principes généraux qui seront précisés avec le temps :

-        Les efforts de recherches (informations, visites, déplacements) sont répartis sur les membres du projet, qu’ils participent ou pas aux déplacements.

-        Dans un premier temps, le cout d’acquisition des souches (F0, F1) est pris en charge par chaque membre propriétaire, éventuellement aidé par les autres.

-        Chaque membre du projet supporte les couts directs d’entretien, d’élevage, etc.

-        Dans un second temps, et des lors que des ventes sont effectuées, les recettes correspondantes sont affectées, d’une part à  l’éleveur et, d’autre part, à une « cagnotte projet » qui va servir à l’acquisition des souches.

-        Les modalités de ventes (quoi, nombre, prix, à qui) sont décidées en commun au niveau du projet. Idem pour les modalités d’échanges de souches.

-        Ces premières règles financières pourront être adaptées, par exemple si l’organisation mise en place intègre une association juridiquement constituée (type 1901).

 

Ces cogitations se sont traduites concrètement par la mise en place de trois projets : pour la conservation, le projet Maswa, le projet Ilangi et, pour la diffusion, le projet Musanga. Tous  sont actuellement lancés.