Une histoire d’huîtres

Commençons par nos papilles gustatives… pour fêter dignement ce début d’année 2016, vous avez sans doute déguster force saumon d'élevage, foie gras, dinde, mais aussi des tomates, calibrées, sans goût, et avec un choix réduit de variétés. Ces aliments ont une caractéristique  commune : pour la  grande majorité d’entre eux, ils se sont écartés des formes naturelles  sous un seul effet : l’action de l’homme. Je vais compléter ce tableau par un coquillage de fête que j’apprécie particulièrement (peut être vous aussi) :  les huîtres.

  Entre la pollution et les virus, ce coquillage a subi bien des misères : la forme sauvage a pratiquement disparu, au bénéfice d’animaux d’élevage dont les saveurs s’éloignent déjà des eaux iodées ; mais connaissez-vous le plus beau ? Même élevées, ces huîtres peuvent être  décimées par des attaques et, si ce n'est pas le cas, elles prennent un temps certain pour grossir, et le temps, c’est…de l’argent, Qu’on gagne moins pendant certains mois de l’année, car les huîtres sont « laiteuses » (reproduction) et donc boudées par nombre d’acheteurs. Solution : on effectue des croisements (avec un super mâle tétraploïde qui vaut plus de  1000 E/pièce) ou un traitement (je simplifie) pour obtenir des huîtres  « triploïdes », c'est-à-dire incapable de se reproduire et, peut être, plus résistante. Conséquences : ces huîtres nouvelles grandissent deux fois plus vite, sont  plus grosses, et...elles peuvent être proposées tout l’année : on appelle cela « les huîtres des 4 saisons »... qui sont vendues dans la même gamme de prix que les autres !

Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien sur un site de conservation....  En fait, nous sommes déjà au cœur de notre sujet et pour vous le prouver, je glisse quelques questions : ces nouvelles huîtres ont-elles le même goût que les anciennes ? Ne vais-je pas progressivement perdre la connaissance des saveurs des vraies huîtres ? Fausses questions ? Très bien, alors, je rajoute : et que va-t-il se passer lorsque certaines de ces huîtres, s’échappant de leur parc, iront coloniser le milieu marin (risque de stériliser les espèces sauvages) ? Auront-elles, ces variétés faites par l’homme –et dans le principal objectif de gagner plus d’argent ou de ne pas en perdre- la même capacité pour résister aux virus et autres attaques? Comment mes ostréiculteurs vont-ils vivre la dépendance accrue vis-à-vis des écloseries  devenues encore plus spécialisées?

Je vous jure que je n’ai rien contre les ostréiculteurs, enfin certains, mais cette façon de bricoler les espèces me flanque la trouille, une peur irraisonnée car je suis incapable de juger si cela est grave ou pas ;  lorsque j’achète mes huîtres, j’écarte sans hésiter les triploïde ! Alors ? C’est quoi l’enjeu ?

Si, demain, après des recherches génétiques compliquées, un commerçant en mal de super bénéfice me propose un Tropheus merveilleux qui ne tombe jamais malade, qui n'est plus territorial et qui me fait des portées comme un Cyphotilapia, cela sera-t-il grave ??  Aussi grave que mes huitres ?? Vais-je bouder ce Tropheus ?? Et après ?

Cette fixette sur le naturel ne tient pas à une quelconque idéologie écologique : dans ce monde où l’homme va fabriquer de plus en plus d’espèces,  que deviendront nos enfants et leurs enfants ? Est ce grave ? Que pouvons-nous faire ? Pour poser la question concrètement,  moi, petit aquariophile, que puis je déjà faire pour mes poissons ?

En parcourant notre site, rappelez-vous  cette histoire d’huîtres! Même si vous ne les appréciez pas, examinez les évolutions aquariophiles, la problématique des espèces menacées, à l’aune de cette triploïde, avec toutes ses facettes…